Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/529

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bornes de la république, n’avait jamais reculé devant le glaive d’un ennemi victorieux[1].

Réflexions sur la mort de Julien.

Lorsque Jovien eut rempli ce traité, que les cris de son peuple auraient pu lui donner le désir d’enfreindre, il s’éloigna de la scène de son déshonneur, et alla avec toute sa cour jouir des plaisirs d’Antioche[2]. Il n’écouta point les inspirations du fanatisme religieux, et l’humanité ainsi que la reconnaissance l’engagèrent à rendre les derniers honneurs à son souverain[3] ; mais, sous le prétexte de charger des funérailles Procope, qui déplorait de bonne foi la mort de l’empereur, on lui ôta le commandement de l’armée. Le corps de Julien fut transporté de Nisibis à Tarse. Le convoi, qui marchait lentement, employa quinze jours à faire ce chemin ; et lorsqu’il traversa les villes de l’Orient, les diverses factions l’accueillirent ou par des cris de douleur, ou par des outrages. Les païens plaçaient déjà leur héros bien aimé au rang de ces dieux dont il avait ré-

  1. Zosime, l. III, p. 192, 193 ; Sextus-Rufus, De Provinciis, c. 29 ; saint Augustin, De civit. Dei, l. IV, c. 29. Il ne faut admettre cette assertion générale qu’avec précaution.
  2. Ammien, XXV, 9 ; Zosime, l. III, p. 196. Il pouvait être edax, et vino Venerique indulgens ; mais je rejette avec La Bléterie (t. I, p. 148-154) le sot conte d’une orgie (apud Suidam) célébrée à Antioche par l’empereur, sa femme et une troupe de concubines.
  3. L’abbé de La Bléterie (t. I, p. 156-209) ne déguise point la brutalité du fanatisme de Baronius, qui aurait voulu jeter aux chiens le corps de l’empereur apostat. Ne cespititiâ quidem sepulturâ dignus.