Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 6.djvu/262

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d’importance devint le motif et le prétexte d’une guerre sanglante[1]. En conséquence du traité de Margus, on avait ouvert un marché franc sur la rive septentrionale du Danube, protégée par une forteresse romaine, nommée Constantia. Une troupe de Barbares viola la sûreté du commerce, tua ou dispersa les marchands, et détruisit totalement la forteresse. Les Huns représentèrent cet outrage comme un acte de représailles, et alléguèrent que l’évêque de Margus était entré sur leur territoire, où il avait découvert et dérobé le trésor secret de leurs rois. Ils exigèrent qu’on leur restituât le trésor, et qu’on leur livrât le prélat et les sujets fugitifs qui avaient échappé à la justice d’Attila. Le refus de la cour de Byzance fut le signal de la guerre, et les habitans de la Mœsie applaudirent d’abord à la généreuse fermeté de leur souverain ; mais dès que la destruction de Viminiacum et des villes voisines les eut avertis de leur propre danger, ils adoptèrent une morale plus relâchée, et prétendirent qu’on pouvait sacrifier justement un simple citoyen, bien qu’innocent et respectable, à

  1. Priscus, 331. Son histoire contenait un récit élégant et détaillé de cette guerre (Evagrius, l. I, c. 17). Il ne nous est resté que les extraits qui ont rapport aux ambassades ; mais l’ouvrage original était connu des écrivains dont nous tirons cette notion imparfaite ; savoir : Jornandès, Théophane, le comte Marcellin, Prosper-Tyro et l’auteur de la Chronique d’Alexandrie. M. du Buat (Histoire des Peuples de l’Europe, l. VII, c. 15) a examiné la cause, les événemens et la durée de cette guerre, et prétend qu’elle fut terminée avant la fin de l’année 444.