Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 6.djvu/413

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avaient occupé successivement le trône de Constantinople, avaient rendu les Grecs peu exigeans sur ce qu’ils regardaient comme la perfection des vertus héroïques ou du moins des vertus impériales. Cependant la fermeté modérée que Léon opposa à la tyrannie de son bienfaiteur montra qu’il connaissait son devoir et son autorité. Aspar vit avec étonnement que son influence ne suffisait plus pour faire nommer un préfet de Constantinople ; il osa reprocher à son souverain de manquer à ses engagemens, et, secouant insolemment sa robe pourpre : « Il ne convient pas, lui dit-il, qu’un homme revêtu de cette robe fausse sa parole. » « Il ne convient pas non plus, répondit Léon, qu’un prince soit forcé de soumettre son jugement et l’intérêt public à la volonté d’un de ses sujets[1]. » Après cette étrange scène, on ne pouvait pas espérer une réconciliation sincère ou durable entre l’empereur et le patrice. Léon leva secrètement une armée d’Isauriens[2], qu’il introduisit dans Constantinople ; et tandis qu’il minait sourdement la puissance d’une famille dont il méditait la ruine, sa

  1. Cedrenus (p. 345, 346), historien familiarisé avec les écrits des plus beaux siècles, a conservé les remarquables expressions d’Aspar : Βασιλεν, τον αυτην την αλονργιδα περιβεβλημενον Ȣ χρη διαψευδεσθαι.
  2. La puissance des Isauriens agita l’empire d’Orient sous les deux règnes suivans de Zénon et d’Anastase ; mais ces troubles finirent par la destruction de ces Barbares, qui avaient défendu leur farouche indépendance durant environ deux cent trente années.