Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/269

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il avait une sagacité naturelle, qui suggérait les plus sages conseils, et qui trouvait des expédiens dans les situations les plus désespérées. La corruption de son cœur égalait la vigueur de son esprit. Quoiqu’on le supposât secrètement attaché aux superstitions du paganisme et de la magie, il paraissait insensible à la crainte de Dieu, ou aux reproches des humains : des milliers d’individus condamnés à la mort, des millions réduits à la pauvreté, des villes ruinées, des provinces désolées, tels étaient les fondemens de la fortune qu’entassait son ambition ; depuis l’aurore jusqu’au moment du dîner, il travaillait sans relâche à augmenter, aux dépens de l’empire, et cette fortune et celle de son maître. Il se livrait le reste du jour à des plaisirs sensuels et obscènes, et la crainte perpétuelle des assassins, ou celle de la justice, venait le troubler au milieu du silence de la nuit. Ses talens, peut-être ses vices, lui méritèrent la constante amitié de son maître. Justinien céda malgré lui à la fureur de ses sujets. Le premier signal de la victoire fut le rétablissement de leur ennemi, dont l’administration tyrannique leur fit éprouver, durant plus de dix années, que le malheur l’avait excité à la vengeance plutôt qu’instruit à la modération. Les murmures du peuple ne servirent qu’à fortifier la résolution du prince ; mais le préfet, enorgueilli par la faveur, excita la colère de Théodora ; il dédaigna le pouvoir de l’impératrice, devant laquelle tout pliait, et essaya

    γραμματα, και ταντα κακα κακως γραψακ. — Phrase très-énergique.