Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/371

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placer Bélisaire. L’ennemi, lors de sa première invasion, surprit et coupa quelques détachemens commandés par deux officiers de mérite ; mais Salomon rassembla sur-le-champ ses troupes ; il partit de Carthage, et, pénétrant dans l’intérieur du pays, livra deux grandes batailles où il tua soixante mille Barbares. Les Maures comptaient sur leur nombre, sur leur agilité et sur leurs montagnes inaccessibles ; on dit que l’aspect et l’odeur de leurs chameaux jetèrent quelque confusion dans la cavalerie romaine[1] ; mais lorsqu’on lui eut ordonné de mettre pied à terre, elle se moqua de ce vain obstacle ; et dès que les escadrons eurent gravi les collines, l’armure éclatante et les évolutions régulières des Romains éblouirent la troupe désordonnée et presque nue des Maures ; et la prédiction de leurs prophétesses, qui annonçait que les Maures seraient défaits par un ennemi sans barbe, fut accomplie à plusieurs reprises. L’eunuque victorieux se porta à treize journées de Carthage, afin d’assiéger le mont Aurasius[2],

    étaient amplement pourvus de barbe, πωγονος επιπλαμενοι, l. II, c. 8.

  1. Les anciens parlent de cette antipathie naturelle du cheval pour le chameau. (Xénophon, Cyroped., l. VI, p. 438 ; l. VII, p. 483-492, édit. de Hutchinson ; Polyæn., Stratag., VII, 6 ; Plin., Hist. nat., VIII, 26 ; Ælien., De nat. anim., l. III, c. 7.) Mais l’expérience de chaque jour prouve le contraire, et les meilleurs juges sur cette matière, les Orientaux, se moquent de cette observation. (Voyage d’Olearius, p. 553).
  2. La première description du mont Aurasius se trouve