Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/372

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


qu’on regardait comme la citadelle et en même temps le jardin de la Numidie. Cette chaîne de collines, qui est une branche de l’Atlas, offre, dans une circonférence de cent vingt milles, une rare variété de sol et de climats. Les vallées intermédiaires et les plaines élevées offrent de riches pâturages, des ruisseaux qui ne tarissent jamais, et des fruits d’un goût délicieux et d’une grosseur peu commune. Les ruines de Lambesa, cité romaine qui avait été le poste d’une légion et avait contenu dans ses murs quarante mille habitans, ornent cette belle solitude. Le temple ionique d’Esculape est environné de huttes des Maures, et on voit paître des troupeaux au milieu d’un amphithéâtre que dominent des colonnes d’ordre corinthien. Au-dessus du niveau de la montagne, s’élève à pic un rocher où les princes africains avaient retiré leurs femmes et leurs trésors ; et c’est un proverbe familier chez les Arabes, qu’il faut être en état de manger du feu pour oser attaquer la cime escarpée et les farouches habitans du mont Aurasius. L’eunuque Salomon forma deux fois ce hardi projet ; la première, il se retira avec quelque perte ; la seconde, sa patience et ses munitions étant presque épuisées, il eût été forcé de se retirer encore, s’il n’eût cédé à la valeur impétueuse de ses troupes, qui, au grand étonnement des Maures,

    dans Procope (Vandal., l. II, c. 13 ; De ædific., l. VI, c. 7). On peut la comparer avec ce qu’en disent Leo Africanus, dell’ Africa, part. V, in Ramusio, t. I, fol. 77, recto ; Marmol, t. II, p. 430 ; et Shaw, p. 56-59.