Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/396

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esclaves savent s’élever contre le crime ou la faiblesse d’un maître tombé dans l’infortune. Oisifs dans leur camp, des Barbares qui sentaient leurs priviléges et leur puissance, scrutèrent avec rigueur le caractère de Théodat ; ils le déclarèrent indigne de sa race, de sa nation et de son trône ; et Vitigès, leur général, qui avait signalé sa valeur dans les guerres d’Illyrie, fut proclamé sur le bouclier avec des applaudissemens unanimes. À la première nouvelle de cette révolution, Théodat prit la fuite pour échapper à la justice de ses sujets ; mais il était poursuivi par la vengeance d’un individu. Un Goth, qu’il avait outragé dans ses amours, l’atteignit sur la voie Flaminienne ; et sans égard pour les cris efféminés de son roi, le massacra au moment où le prince se prosternait, dit Procope, comme une victime au pied des autels. Le choix du peuple est le titre le meilleur et le plus pur qu’on puisse avoir pour le gouverner ; mais telle est la prévention de tous les siècles, que Vitigès désirait vivement de retourner à Ravenne, afin d’obtenir, en forçant la fille d’Amalasonthe à l’épouser malgré elle, quelque faible apparence d’un droit héréditaire. On tint sur-le-champ un conseil national, et le nouveau monarque obtint du courage impatient de ses soldats de se soumettre à un parti humiliant, mais dont la mauvaise conduite de son prédécesseur faisait une indispensable mesure de prudence. Les Goths consentirent à se retirer devant un ennemi victorieux, à différer jusqu’au printemps les opérations d’une guerre offensive, à réunir leurs