Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 8.djvu/212

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réclamer chez son voisin des effets volés, il avait les reins couverts d’un morceau de toile de lin, et se cachait le visage avec un masque ou avec un bassin, de peur de rencontrer les yeux d’une vierge ou d’une matrone[1]. Dans une action civile, le demandeur touchait l’oreille de son témoin ; il saisissait son adversaire à la gorge, et par ses lamentations implorait le secours de ses concitoyens. Les deux compétiteurs s’empoignaient l’un l’autre comme s’ils eussent dû se battre devant le tribunal du préteur : ce magistrat leur ordonnait de produire l’objet en litige ; ils s’éloignaient, et, revenant à pas mesurés, jetaient à ses pieds une motte de terre, symbole du champ qu’ils se disputaient. Cette science obscure des paroles et des formes de la loi devint l’héritage des pontifes et des patriciens. Comme les astrologues de la Chaldée, ils annonçaient à leurs cliens les jours de vacation et les jours de repos : ces importantes minuties étaient liées à la religion établie par Numa ; et après la publication des Douze-Tables, l’ignorance des formes judiciaires maintint encore les citoyens

    supposition ; mais saint Ambroise (De officiis, III, 2) en appelle à l’usage de son temps, qu’il connaissait comme jurisconsulte et comme magistrat. Schulting, ad Ulpian. Frag., tit. 22, no 28, 643, 644.

  1. Au temps des Antonins on ne connaissait plus la signification des formes ordonnées dans le cas d’un furtum lance licioque conceptum. Aulu-Gelle, XVI, 10. Heineccius (Antiq. rom., l. IV, tit. I, nos 13-21), qui les fait venir de l’Attique, cite à l’appui de son opinion Aristophane, le scholiaste de ce poète, et Pollux.