Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 8.djvu/93

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


plus dangereux, des déserts sablonneux, de la Nubie ; il remonta le Nil, s’embarqua sur la mer Rouge, et débarqua sain et sauf à Adulis, l’un des ports de l’Afrique. D’Adulis à la ville royale d’Axum il n’y a pas plus de cinquante lieues en ligne droite ; mais les sinuosités des montagnes forcèrent l’ambassadeur d’employer quinze jours à ce voyage ; et dans son passage au travers des forêts, il vit une multitude d’éléphans sauvages, qu’il évalua vaguement au nombre d’environ cinq mille. La capitale, selon sa relation, était grande et peuplée ; et le village d’Axum est encore célèbre par le couronnement du prince, par les ruines d’un temple chrétien, et seize ou dix-sept obélisques avec des inscriptions grecques[1]. Cependant le Negus le reçut en pleine campagne, assis sur un char élevé, traîné par quatre éléphans magnifiquement équipés, et environné de ses nobles et de ses musiciens. Il portait un habit de toile et un chapeau ; il tenait dans sa main deux javelines et un bouclier léger ; et bien que son vêtement ne couvrît pas entièrement sa nudité, il étalait toute la magnificence barbare dans ses chaînes d’or, ses colliers

  1. Alvarez (in Ramusio, t. I, fol. 219 vers. 221 vers.) vit Axum en 1520, dans son état florissant, luogo molto buono e grande. Ce fut dans ce même siècle que cette ville fut ruinée par une invasion des Turcs. On n’y compte aujourd’hui que cent maisons ; mais la cérémonie du couronnement du roi lui conserve le souvenir de sa grandeur passée. (Ludolph., Hist. et Comment., l. II, c. 11.)