Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/183

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torité de Baronius a trompé ou subjugué les catholiques ; et le fanatisme des protestans n’a pas voulu, sur ce point, douter de l’assertion d’un cardinal disposé à favoriser la protectrice des images ; mais le fils d’Irène vécut encore plusieurs années, opprimé par la cour et oublié du monde. La dynastie isaurienne s’éteignit dans le silence, et le souvenir de Constantin ne fut rappelé que par le mariage de sa fille Euphrosine avec l’empereur Michel II.

Irène. A. D. 792. Août 19.

Les plus fanatiques d’entre les catholiques ont justement détesté une mère si dénaturée, qu’elle ne trouve guère d’égale dans l’histoire des forfaits. Une obscurité de dix-sept jours, durant laquelle plusieurs vaisseaux perdirent leur route en plein midi, fut regardée, par la superstition, comme un effet de son crime, comme si le soleil, ce globe de feu si éloigné et d’une si grande dimension, sympathisait dans ses mouvemens avec les atomes d’une planète qui fait sa révolution autour de lui. Le crime d’Irène demeura cinq ans impuni ; l’éclat environnait son règne, et à moins que sa conscience ne prît le soin de l’avertir, elle pouvait ignorer ou mépriser l’opinion des hommes. Le monde romain se soumit au gouvernement d’une femme ; et lorsqu’elle traversait les rues de Constantinople, quatre patriciens marchant à pied, tenaient les rênes de quatre chevaux blancs attelés au char brillant d’or sur lequel se faisait porter leur reine ; mais ces patriciens étaient communément des eunuques ; et leur noire ingratitude justifia en cette occasion la haine et le mépris qu’ils inspiraient. Tirés