Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/307

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À l’époque où la souveraineté des empereurs grecs s’anéantit, Rome n’offrait plus que l’image de la dépopulation et de la misère ; l’esclavage était devenu pour elle une habitude, et sa liberté fut un accident produit par la superstition, et qu’elle-même ne put envisager qu’avec surprise et avec terreur. On ne retrouvait pas dans les institutions ou dans le souvenir des Romains le moindre vestige de la substance ou même des formes de la constitution ; et ils n’avaient ni assez de lumières ni assez de vertu pour reconstruire l’édifice d’une république. Le faible reste des habitans de Rome, tous nés d’esclaves et d’étrangers, étaient l’objet du mépris des Barbares triomphans. Lorsque les Francs et les Lombards voulaient employer contre un ennemi les paroles les plus méprisantes, ils l’appelaient un Romain ; « et ce nom, dit l’évêque Luitprand, renferme tout ce qui est vil, tout ce qui est lâche, tout ce qui est perfide ; les deux extrêmes de l’avarice et du luxe, et enfin tous les vices qui peuvent prostituer la dignité de la nature humaine[1]. » La situation des

    romain : on n’accusera pas cet auteur d’être trop crédule sur les premiers siècles de Rome.

  1. Quos (ROMANOS) nos, Langobardi scilicet, Saxones, Franci, Lotharingi, Bajoarii, Suevi, Burgundiones, tanto dedignamur ut inimicos nostros commoti, nihil aliud contumeliarum nisi Romani, dicamus : hoc solo, id est Romanorum nomine, quicquid ignobilitatis, quicquid timiditatis, quicquid avaritiæ, quicquid luxuriæ, quicquid mendacii, immo quicquid vitiorum est comprehendentes. (Luitprand,