Page:Gide - De l’influence en littérature.djvu/19

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Il n’est pas possible à l’homme de se soustraire aux influences ; l’homme le plus préservé, le plus muré en sent encore. Les influences risquent même d’être d’autant plus fortes qu’elles sont moins nombreuses. Si nous n’avions rien pour nous distraire du mauvais temps, la moindre averse nous ferait inconsolables.

Il est tellement impossible d’imaginer un homme complètement échappé à toutes les influences naturelles et humaines, que, lorsqu’il s’est présenté des héros qui paraissaient ne rien devoir à l’extérieur, dont on ne pouvait expliquer la marche, dont les actions, subites, et incompréhensibles aux profanes, étaient telles qu’aucun mobile humain ne les semblait déterminer — on préférait, après leur réussite, croire à l’influence des astres, tant il est impossible d’imaginer quelque chose d’humain qui soit complètement, profondément, foncièrement spontané.

En général on peut dire je crois, que ceux qui avaient la glorieuse réputation de n’obéir qu’à leur étoile étaient ceux sur qui les influences personnelles, les influences d’élection, agissaient plus puissamment que les influences générales — je veux dire que celles qui agissent sur tout un peuple, du moins sur tous les habitants d’une même ville, à la fois.

Donc deux classes d’influences, les influences communes, les influences particulières ; celles