Page:Gide - De l’influence en littérature.djvu/22

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Lorsque Gœthe, arrivant à Rome, s’écrie : « Nun bin ich endlich geboren ! » Enfin je suis né… Lorsqu’il nous dit dans sa correspondance qu’en entrant en Italie il lui sembla pour la première fois prendre conscience de lui-même et exister... voilà certes de quoi nous faire juger l’influence d’un pays étranger comme des plus importantes. — C’est, de plus, une influence d’élection : je veux dire qu’à part de malheureuses exceptions, voyages forcés ou exils, on choisit d’ordinaire la terre où l’on veut voyager ; la choisir est preuve que déjà l’on est un peu influencé par elle. — Enfin l’on choisit tel pays précisément parce que l’on sait que l’on va être influencé par lui, parce qu’on espère, que l’on souhaite cette influence. On choisit précisément les lieux que l’on croit capables de vous influencer le plus. — Quand Delacroix partait pour le Maroc, ce n’était pas pour devenir peintre orientaliste, mais bien, par la compréhension qu’il devait avoir d’harmonies plus vives, plus délicates et plus subtiles, pour « prendre conscience » plus parfaite de lui-même, du coloriste qu’il était.

J’ai presque honte à citer ici le mot de Lessing, repris par Gœthe dans les Affinités électives, mot si connu qu’il fait sourire : « Es wandelt niemand unbestraft unter Palmen. » et que l’on ne peut traduire en français qu’assez banalement par : « Nul ne se promène impunément sous les palmes. » Qu’entendre