Page:Gide - Les Nourritures terrestres.djvu/136

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ficelles ; chaque grain médite et mûrit, rumine en secret la lumière ; il élabore un sucre parfumé. — Poires, amoncellement des pommes. — Fruits ! j’ai mangé votre pulpe juteuse ; j’ai rejeté les pépins sur la terre ; qu’ils germent ! pour nous redonner le plaisir. Amande délicate ; promesse de merveille ; nucléole ; petit printemps qui dort en attendant. Graine entre deux étés ; graine par l’été traversée. — Nous songerons après, Nathanaël, à la germination douloureuse (l’effort de l’herbe pour sortir du grain est admirable). — Mais émerveillons-nous à présent de ceci : chaque fécondation s’accompagne de volupté. Le fruit s’enveloppe de saveur ; et de plaisir toute persévérance à la vie. Pulpe du fruit, preuve sapide de l’amour !

*

La sixième porte est celle du pressoir :

Ah ! que ne suis-je étendu, maintenant, sous le hangar — où la chaleur défaille — près de toi, parmi la pressure des pommes, parmi les âcres pommes pressurées. Nous chercherions, ah ! Sulamite ! si la volupté de nos corps, sur les pommes mouillées, est moins prompte à tarir, plus prolongée, sur les pommes, — soutenue par leur odeur sucrée… Le bruit de la meule berce mon souvenir…

*

La septième porte ouvre sur la distillerie :

Pénombre ; foyer ardent ; machines ténébreuses ; — le

cuivre des bassines surgit. Alambic ; sa suppuration mys-