Page:Gide - Les Nourritures terrestres.djvu/135

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rouges de la fermière ! fenêtres toujours ouvertes, mais tendues de toiles en métal pour empêcher les chats et les mouches d’entrer. Les jattes sont alignées, pleines de lait toujours plus jaune jusqu’à ce que toute la crème en soit montée. — La crème affleure lentement ; elle se boursoufle et se ride et le petit-lait s’en dépouille. Quand il s’en est complètement appauvri on enlève… (Mais, Nathanaël, je ne peux te raconter tout cela. — J’ai un ami qui fait de l’agriculture et qui pourtant en parle merveilleusement ; — il m’explique l’utilité de chaque chose et m’enseigne comme quoi même le petit-lait n’est pas perdu.) (En Normandie on le donne aux porcs, mais il paraît qu’il y a mieux à en faire que ça.)

*

La quatrième porte ouvre sur l’étable :

Elle est intolérablement tiède, mais les vaches sentent bon… Ah ! que ne suis-je au temps où, avec les enfants du fermier dont la chair en sueur sentait bon, au temps où nous courions entre les jambes des vaches ; nous cherchions des œufs dans le coin des rateliers ; nous regardions, pendant des heures les vaches ; nous regardions choir, éclater les bouses ; on pariait à celle qui fienterait la première, et un jour je m’enfuis terrifié parce que je crus qu’il y en avait une qui allait tout d’un coup faire un veau.

*

La cinquième porte est celle du fruitier :

Devant une baie de soleil, les raisins sont pendus à des