Page:Gide - Les Nourritures terrestres.djvu/94

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m’attend à tout instant et pour une nouvelle surprise ; je le connais toujours et ne le reconnais jamais. — Tu ne soupçonnes pas, Myrtil, toutes les formes que prend Dieu ; de trop regarder l’une et t’en éprendre, tu t’aveugles. La fixité de ton adoration me peine ; je la voudrais plus diffusée. Derrière toutes tes portes fermées. Dieu se tient… Toutes formes de Dieu sont chérissables, et tout est la forme de Dieu. » —

… Avec ma fortune réalisée, je frêtai d’abord un navire, emmenant avec moi sur la mer trois amis, des hommes d’équipe, et quatre mousses. Je m’épris du moins beau d’entre eux. Mais même à la douceur de mes caresses, je préférais la contemplation des grands flots. J’entrai dans des ports fabuleux, au soir, et les quittais avant l’aurore ayant parfois cherché toute la nuit de l’amour. — Je connus à Venise une courtisane extrêmement belle ; je l’aimai trois nuits, car auprès, j’oubliais, tant elle était belle, les caresses de mes autres amours. — Ce fut à elle que je vendis ou que je donnai mon navire.

J’habitai quelques mois dans un palais du lac de Côme, où les musiciens les plus doux s’assem-