Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/20

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France une vive réaction contre ces doctrines. On ne rêve plus que revenir à « l’état de nature » et on répudie tout ce qui paraît arrangement artificiel. Toute la littérature du XVIIIe siècle est imprégnée de ce sentiment, mais la science politique aussi, avec Rousseau et Montesquieu, s’en inspira.

L’Esprit des Lois commence par cette phrase immortelle : « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses », et Montesquieu dans la préface de ce même ouvrage déclare « Je n’ai point tiré mes principes de mes préjugés, mais de la nature des choses ».

C’est alors seulement que la science économique va vraiment prendre naissance. Un médecin du roi Louis XV, le docteur Quesnay, en 1758, publia le Tableau Économique et les Maximes générales du gouvernement économique[1], et eut pour disciples tout un groupe d’hommes éminents qui se donnèrent le nom de Physiocrates[2] ou d’Économistes.

L’École des physiocrates a introduit dans la science deux idées nouvelles qui étaient précisément l’opposé du système mercantile :

1° La prééminence de l’agriculture sur le commerce et l’industrie. La terre seule pour eux est la source des richesses : seule elle donne un produit net les classes de la société autres que la classe agricole sont des classes stériles.

2° L’existence d’un « ordre naturel et essentiel des sociétés humaines » (c’est le titre même du livre d’un des physiocrates, Mercier de la Rivière) qu’il suffit de reconnaître et auquel il suffit de se conformer. Inutile donc d’imaginer des lois, règlements ou systèmes il n’y a qu’à laisser faire.

Le premier de ces principes, bien que réagissant d’une fa-

  1. Avant eux avait paru un livre Essai sur la nature du commerce, par Cantillon, qui a paru en 1755 mais qui avait été écrit dès 1725. Ce livre vient d’être remis en lumière par les économistes anglais et a été appelé par l’un d’eux le premier traité méthodique d’économie politique. Toutefois, cet ouvrage, resté généralement ignoré, n’a exercé une influence sur le développement de la science que par le canal de l’école physiocratique qui le connaissait et lui a beaucoup emprunté.
  2. Le mot de « physiocratie » est composé de deux mots grecs qui veulent dire précisément « gouvernement de la nature ».