Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/30

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appelle le principe édonistique (d’un mot grec qui signifie intérêt, utilité), et qui consiste à chercher toujours le maximum de satisfaction avec le minimum d’effort.

On voit donc que ces deux écoles ne sont en somme que l’école déductive poussée à ses extrêmes conséquences. Toutefois, il faut leur rendre cette justice qu’elles n’ont pas commis la faute, comme l’avait fait la vieille école déductive, de se laisser prendre au piège de leurs propres spéculations. Elles ne donnent leurs abstractions que pour ce qu’elles sont, d’après elles, c’est-à-dire des hypothèses nécessaires pour établir la science pure[1].

  1. « L’économie politique pure, dit M. Walras dans ses Éléments d’Économie politique pure, est essentiellement la théorie de la détermination des prix sous un régime hypothétique de libre concurrence absolue ». M. Pantaleoni fait même cet aveu inouï jusqu’ici (Principii di Economia pura) « Que l’hypothèse édonistique et psychologique d’où se déduisent toutes les vérités économiques coïncide ou non avec les motifs qui déterminent réellement les actions de l’homme… c’est là une question qui ne touche point à l’exactitude des vérités ainsi déduites ».

    Il faut citer encore ici l’école sociologique-biologique qui compte d’illustres représentants comme Herbert Spencer en Angleterre (Principes de sociologie), Schæffle en Allemagne (Bau und Leben des Soialen Kœrpers) et de Greef en Belgique. Celle-ci a pour méthode d’assimiler d’une façon plus ou moins complète la société humaine à des êtres vivants et de chercher dans les lois biologiques l’explication de faits économiques et sociaux. Elle fait remarquer notamment :

    Que tout corps organisé se compose d’innombrables cellules ayant chacune leur vie propre et leur individualité, en sorte que tout être vivant n’est véritablement qu’une association de millions et de milliards plus nombreuses par conséquent que les plus grandes sociétés humaines d’individualités infiniment petites qui, comme le dit Claude Bernard, « s’unissent et restent distinctes comme des hommes qui se tiendraient par la main ».

    Que tout être organisé est soumis à la loi de la division physiologique du travail. Dans les organismes tout à fait inférieurs, toutes les fonctions sont confondues, dans une masse informe et homogène, mais à mesure que l’organisation se perfectionne, les fonctions diverses de nutrition, de reproduction, de locomotion, etc., se différencient et chacune dispose d’un organe spécial, en sorte que la perfection de l’organisme est d’autant plus grande que le travail physiologique est plus divisé.

    Que tout être vivant est le siège d’un mouvement perpétuel d’échange et de circulation, échange de services et même de matériaux : il faut bien en effet pour qu’une fonction de l’organisme puisse être spécialisée dans un seul organe, comme nous venons de le voir, que les autres or-