Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/29

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vent l’abstraction pour la réalité par exemple, après avoir supposé son homo œconomicus mû uniquement par l’intérêt personnel, ce qu’elle avait le droit de faire, d’avoir cru à son existence réelle et de n’avoir plus su voir que lui dans le monde économique. Elle a vu dans ces abstractions la charpente même de l’édifice économique, alors qu’il ne fallait y voir que ces échafaudages nécessaires à la construction des édifices, mais qui sont destinés à être démolis une fois l’œuvre achevée. Ce n’est point la méthode déductive, c’est l’esprit dogmatique qu’il importe d’éviter.

Aussi la méthode déductive n’a point disparu : elle revit aujourd’hui plus absolue sous la forme d’une école nouvelle dite mathématique[1]. Elle considère l’homme comme par certains désirs qu’elle assimile à des forces et cherche à déterminer les positions d’équilibre de ces forces. Cela lui permet de réduire l’économie politique à une sorte de science purement mécanique et qui, comme telle, est absolument mathématique. Elle fait remarquer que les désirs de l’homme considérés au point de vue économique, présentent ce caractère tout à fait particulier et unique dans les sciences sociales, de pouvoir être mesurés quantitativement. Si un Arabe donne 1.500 fr. pour avoir un cheval et 1.000 fr. pour avoir une femme, n’est-il pas évident que le premier de ces désirs est exactement une fois et demie plus grand que le second ?

L’école psychologique (dite aussi autrichienne d’après la nationalité de ses représentants les plus éminents, Karl Menger, de Böhm-Bawerk, Sax, Wieser) se confond presque avec la précédente, sauf qu’elle n’emploie pas la langue mathématique, mais elle se plaît aussi aux analyses très subtiles. Pour plus de simplification, elle ramène d’ordinaire tous les désirs des hommes à une seule formule qu’elle

  1. Inaugurée par Cournot en France (Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, 1838), il y a soixante ans, mais alors sans aucun succès, la méthode mathématique a été plus récemment mise en honneur par Stanley Jevons, Marshall et Edgeworth en Angleterre, Walras en Suisse, Pantaleoni en Italie, Gossen et Launhardt en Allemagne, Irving Fisher aux États-Unis.