Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/36

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


quasi souveraine La plupart des composés de la chimie inorganique, et les plus importants, ont été créés par le savant dans son laboratoire. À voir l’éleveur de bétail dans ses étables, ou l’horticulteur dans ses jardins, modifier sans cesse les formes animales ou végétales et créer des races nouvelles il semble que la nature vivante se laisse pétrir aussi docilement que la matière inerte. Même les phénomènes atmosphériques n’échappent pas absolument à l’empire de l’industrie humaine celle-ci émet la prétention, par des défrichements ou des reboisements appropries, de modifier le régime des vents et des eaux et, renouvelant le miracle du prophète Élie, de faire descendre à son gré du ciel la pluie et la rosée !

À plus forte raison, notre activité peut-elle s’exercer sur les faits économiques, précisément parce que ce sont des faits de l’homme, et que nous avons immédiatement prise sur eux[1]. Sans doute, ici, comme dans le domaine des phénomènes physiques, cette action est renfermée dans certaines limites que la science cherche à déterminer et que tous les hommes, soit qu’ils agissent individuellement par des entreprises privées, soit qu’ils agissent collectivement par des règlements législatifs, devraient s’efforcer de respecter. C’est le cas de répéter le vieil adage de Bacon : naturæ non imperatur nisi parendo, (on ne peut modifier les faits qu’à la condition de connaître les lois naturelles qui les gouvernent et de s’y conformer). L’alchimie s’efforçait de convertir le plomb en or : la chimie a abandonné cette vaine recherche depuis qu’elle a constaté que ces deux corps sont des éléments simples ou du moins irréductibles, mais elle n’a pas renoncé à convertir le charbon en diamant, parce qu’elle a constaté au contraire qu’il n’y a là qu’un même corps sous deux états différents. L’utopiste tor-

  1. Même les représentants de l’école déterministe, même ceux qui nient le libre-arbitre (et tel, certes, ne saurait être le cas de l’école qui s’intitule « libérale » !) reconnaissent à l’homme le pouvoir de modifier l’ordre des choses dans lequel il vit. Ils font seulement cette réserve que tout acte modificateur de l’homme est lui-même prédéterminé nécessairement par certaines causes, mais ceci est une question de pure métaphysique dans la discussion de laquelle nous n’avons pas à entrer ici.