Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/43

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dont nous venons de parler, l’initiative individuelle est le plus souvent impuissante. L’association a plus de puissance, sans doute, mais ceux qui opposent l’association libre à l’État ne doivent pas oublier que l’État n’est lui-même qu’une forme très remarquable de l’association coopérative, forme supérieure non seulement par son ancienneté et son étendue, mais parce qu’elle poursuit et détend contre les empiétements des intérêts privés l’intérêt collectif dont il a la garde. Le fait que cette association qui nous réunit à nos concitoyens est obligatoire, au lieu d’être purement volontaire, ne diminue pas sa force. D’ailleurs dans toute association, même volontaire, la majorité fait loi.

Ce qui a donné et donne encore une grande force à la thèse de l’école libérale, c’est que trop souvent l’État a montré la plus déplorable incapacité en matière économique et s’est fait l’instrument des partis plutôt que l’organe de cette grande association nationale dont nous venons de parler[1]. Mais ce sont là des vices tenant moins à la nature de l’État qu’a son organisation. Il ne faut pas oublier que l’État, même dans les pays les plus avancés au point de vue politique (surtout dans ceux-là, pourrait-on dire !) n’a été organisé qu’en vue de ses fonctions politiques et nullement de ses fonctions économiques, que la forme encore embryonnaire de la division du travail dans le gouvernement, l’arbitraire avec lequel sont distribuées les fonctions publiques, l’instabilité du pouvoir, l’organisation grossière du suffrage même dit universel qui met le plus souvent le pouvoir aux mains d’une minorité, le rendent im-

  1. Leroy-Beaulieu, dans son Précis d’Économie politique, résume parfaitement les divers griefs que l’école libérale fait valoir contre l’extension des attributions de l’État. Il lui reproche :
    1° De manquer d’initiative et d’activité parce qu’il n’est pas soumis à l’aiguillon de l’intérêt personnel ni de la concurrence.
    2° De ne présenter aucune supériorité réelle sur les individus ni au point de vue de la capacité, ni au point de vue de l’impartialité, ni même au point de vue de l’esprit de suite dans ses desseins, étant donnés l’origine, le fonctionnement et les vicissitudes inévitables de tout gouvernement sous n’importe quel régime, mais plus spécialement sous celui qui tend à devenir universel, le régime démocratique.
    Voy. surtout le pamphlet d’Herbert Spencer, l’Individu contre l’État.