Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/60

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La question est donc embarrassante. Il ne faut pas trop s’y arrêter, car il ne s’agit ici, en somme, que d’une querelle de mots, une simple question de terminologie, et qui est surtout particulière à notre langue française[1]. Toutefois nous croyons qu’il est préférable, tant pour concorder avec la définition que nous avons donnée de la science économique (p. 7) que pour la clarté de l’exposition et pour prendre les mots dans l’acception consacrée par l’usage, de réserver le mot de richesse aux objets corporels (res) et de désigner sous le nom de services tous actes de l’homme propres à nous procurer directement une satisfaction.

4° Enfin on pourrait se demander si la valeur n’est pas encore une condition de la richesse ?

Le mot de richesse implique presque nécessairement dans le langage courant l’idée de valeur : une richesse sans valeur parait un non-sens.

Pourtant, à y regarder de plus près, la question change d’aspect, car si la caractéristique de la richesse est de satisfaire les besoins de l’homme, il est facile de voir qu’il y a nombre de choses ayant ce caractère au plus haut degré et pourtant dépourvues de toute valeur, telles qu’un air salubre, un ciel clément, un beau réseau de fleuves navigables, ou même un Parthénon ou un Louvre.

Bien plus ! Non seulement il n’y a pas identité entre l’idée de richesse et celle de valeur, mais il y a plutôt opposition[2].

  1. C’est pour ce motif que nous jugeons inutile de résumer ici les arguments pour et contre dans cette discussion scolastique. On les trouvera dans le livre de M. Block, Progrès des Sciences économiques, vol. I, et dans un article de M. Turgeon, dans la Revue d’Economie politique de 1892. Contentons-nous de dire que la majorité des économistes incline aujourd’hui à embrasser sous la dénomination de richesse les produits immatériels aussi bien que les produits matériels. C’est l’école française, avec J.-B. Say et surtout Dunoyer, qui a d’abord soutenu cette thèse.
    Elle l’avait soutenue surtout pour éviter de conclure, comme les physiocrates ou même comme Adam Smith, que les industries qui s’exercent sur la matière (agriculture, manufacture, transport, commerce) sont les seules qui puissent être qualifiées de productives et que toutes les autres, les professions dites libérales, sont nécessairement improductives : Mais cette conclusion n’était nullement nécessaire, comme nous le verrons plus loin, Ch. Du Travail.
  2. C’est cette opposition que Carey et Bastiat se sont surtout attachés à