Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/61

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


En effet l’idée de richesse implique uniquement celle de satisfaction, d’abondance, tandis que celle de valeur implique comme nous le verrons, l’idée d’une certaine limitation dans la quantité et d’un certain effort dans la production. Pour s’en mieux rendre compte il suffit de supposer que par le coup de baguette d’une fée, ou plus simplement par le progrès indéfini de la science appliquée, tous les objets devinssent aussi abondants que l’eau des sources ou le sable des plages et que les hommes pour satisfaire leurs désirs n’eussent qu’à puiser à volonté, ne serait-ce pas le comble de la richesse ? Et pourtant n’est-il pas évident que dans cette hypothèse, toutes choses, à raison même de leur surabondance, auraient perdu toute valeur ? qu’elles n’en auraient ni plus ni moins que cette même eau des sources ou ces mêmes grains de sable auxquels nous venons de les comparer ? N’est-il pas clair que dans ce pays de Cocagne il n’y aurait plus de riches, puisque désormais tous les hommes seraient égaux devant la non-valeur des choses, de même qu’aujourd’hui Rothschild et le mendiant sont égaux devant la lumière du soleil ?

Il est donc évident qu’il y dans l’idée de valeur non seulement quelque chose de plus mais quelque chose de différent que dans l’idée de richesse. C’est ce que nous allons rechercher.

    mettre en lumière. Pour eux le progrès économique c’est tout ce qui tend à augmenter la richesse, c’est-à-dire la satisfaction et l’abondance, et à diminuer la valeur, c’est-à-dire la rareté et l’effort.
    C’est aussi la question que J.-B. Say considérait comme la plus épineuse de l’économie politique et qu’il posait en ces termes « La richesse étant composée de la valeur des choses possédées, comment se peut-il qu’une nation soit d’autant plus riche que les choses y sont à plus bas prix ? » (Cours d’économie politique, 3° partie, ch. v). Et Proudhon dans ses Contradictions économiques, avait mis au défi tout économiste sérieux d’y répondre. La difficulté tient seulement à l’amphibologie du mot de richesse. Dans le premier membre de phrase « la richesse étant composée de la valeur des choses », on prend le mot de richesse dans le sens vulgaire comme synonyme de valeur : dans le second membre « la nation est d’autant plus riche que les choses sont à plus bas prix », on prend le mot de richesse dans le sens d’abondance.
    Mme de Sévigné, qui ne s’inquiétait guère d’économie politique, comprenait cela à merveille quand elle écrivait de son château de Grignan (octobre 1673) « Tout crève ici de blé et je n’ai pas un sol ! Je crie famine sur un tas de blé ! »