Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/610

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de valeur de l’argent expliquent en partie ce phénomène. Mais ces causes ne suffisent pas pour rendre compte de l’énorme accroissement des dépenses publiques. Il faut en chercher d’autres :

1° La première est le développement de l’esprit militaire avec toutes ses conséquences, la guerre d’abord et la paix armée qui coûte beaucoup plus que la guerre d’autrefois. Sur les 3 1/2 milliards de dépenses de l’État que nous venons d’indiquer, près des deux tiers sont consacrées à payer les frais des guerres passées ou les préparatifs des guerres futures. Le budget de la guerre et de la marine en France, en y comprenant les pensions militaires, atteint 1.100 millions fr. D’autre part, la presque totalité des arrérages ou intérêts de notre dette publique, qui représente un peu plus de 1 milliard par an, vient d’emprunts faits dans ce siècle pour payer des frais de guerre ou des indemnités de guerre.

Les pays neufs d’Amérique ou d’Australie, grâce à ce fait qu’ils n’ont pas de voisins ou qu’ils n’ont heureusement pour voisins que des sauvages, n’ont à supporter de ce chef que des charges insignifiantes, et il est impossible, comme on l’a fait remarquer avec juste raison, que cette inégalité énorme dans les charges ne finisse pas parleur créer une supériorité économique tout à fait décisive sur nos pays d’Europe.

2° La seconde est l’extension graduelle des attributions de l’État. Toute dépense publique correspond, en effet, à une certaine fonction de l’État. Or, on voit se manifester par tout pays, sans en excepter même le pays du self-help, l’Angleterre, une tendance de plus en plus marquée à élargir les attributions de l’État, non seulement en développant dans des proportions considérables certains services publics, tels que ceux de l’instruction publique ou des travaux publics, mais encore en créant des ministères nouveaux ou tout au moins de grands départements ministériels, tels que l’agriculture, le commerce, le travail (surveillance des manufactures au point de vue de l’observation, des lois qui limitent le travail ou qui prescrivent certaines mesures de sécurité, publication de documents statistiques relatifs au travail), l’assistance