Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/83

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heures, se servaient d’une formule plus simple pour expliquer la valeur d’échange, et qui pendant longtemps est restée classique. Ils disaient que la valeur varie en raison directe de la demande et en raison inverse de l’offre.

Cette formule est aujourd’hui fort discréditée, un peu trop même. On peut lui reprocher avec raison :

1° D’être, dans ses prétentions mathématiques, en contradiction avec les faits. Si l’offre du blé venait à diminuer de moitié dans un pays fermé, le prix du blé ferait beaucoup plus que doubler : il quintuplerait et vice versa[1]. Et si l’offre du vin venait à diminuer de moitié, on peut tenir au contraire pour certain que le vin ne doublerait pas de prix.

    pressé d’argent) c’est-à-dire par celui qui attribue à l’objet la valeur individuelle minimum ? En sorte que dans ces conditions la solution du problème resterait indéterminée.
    Par le fait, ces deux personnages ne concourent pas à la détermination du prix : ils se tiennent au contraire soigneusement à l’écart et attendent que le cours soit fixé par d’autres. Car l’acheteur qui serait le plus disposé à offrir un prix élevé, ne sera pourtant pas assez naïf pour le faire s’il peut l’avoir au-dessous, et réciproquement le vendeur le plus courant sur sa chose, se gardera bien de la céder à bas prix s’il peut en obtenir davantage. Ils restent donc dans l’expectative. Et ils attendent que l’acheteur le moins pressé d’acheter et le vendeur le moins pressé de vendre se soient rencontrés et aient traité. Ce sont ceux-là au contraire qui, précisément à raison de la forte situation qu’ils occupent, font la loi du marché. On les appelle le couple-limite.
    On peut faire cette démonstration sous la forme de graphiques ou de calculs mathématiques. En réalité le problème que nous avons simplifié est fort compliqué, car il faudrait tenir compte de quatre éléments : 1° Utilité finale de la chose vendue pour chacun des vendeurs ; 2° utilité finale de la même chose pour chacun des acheteurs ; 3° utilité finale de l’argent (ou de toute autre chose à donner en échange) pour chacun des acheteurs ; 4° utilité finale de l’argent (ou de toute autre chose à obtenir en échange) pour chacun des vendeurs.
    Ceux qui seront curieux de voir comment un esprit subtil jongle avec ces difficultés n’ont qu’à se référer au livre de M. de Böhm-Bawerk sur le Capital (tome II, livre IV) dont une traduction a paru en anglais, ou au résumé très complet de M. Smart, Introduction to the Theory of Value.

  1. Un économiste anglais du XVIIe siècle, Gregory King, dans une loi célèbre qui porte son nom, établissait ainsi la relation entre la quantité de blé et le prix du blé : à un déficit de 10, 20, 30, 40, 50 % correspondait respectivement une hausse des prix de 30, 80, 160, 280, 450 %. Il est vrai que cette loi, vraie du temps où l’Angleterre formait un marché fermé, a perdu de nos jours toute importance pratique par suite du commerce international des céréales.