Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/84

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2° De prendre l’effet pour la cause. Si l’accroissement de la demande fait hausser le prix, il est clair que la hausse du prix à son tour va faire décroître la demande et si l’accroissement de l’offre fait baisser le prix, il est clair que la baisse du prix à son tour tend à restreindre l’offre. En d’autres termes au lieu de dire que l’offre et la demande règlent le prix, on pourrait aussi bien dire que le prix régie l’offre et la demande[1].

3° De n’attribuer aux mots offre et demande aucun sens intelligible. Encore par le mot offre peut-on comprendre la quantité de marchandises, le stock existant sur le marché (quoique dans bien des cas, une raréfaction purement virtuelle — par exemple la crainte d’une mauvaise récolte — produise le même effet), mais qu’entendre par demande ? La quantité demandée, en effet, est absolument indéterminée puisqu’elle dépend uniquement du prix : à 1 sou la bouteille, la demande du vin de Bordeaux serait illimitée : à 100 fr. la bouteille, elle serait nulle !

On peut néanmoins, sans inconvénient, employer la formule de l’offre et de la demande, à la condition d’entendre par « offre » la quantité disponible d’une marchandise sur un marché à un moment donné, et par « demande » l’intensité

  1. Prenons une valeur quelconque sur le marché de la Bourse, la rente 3 p. 0/0 par exemple, et supposons-la à 100 francs. Il y a continuellement une certaine quantité de rentes offerte et une certaine quantité demandée. Je suppose qu’à l’ouverture de la Bourse, le chiffre de rentes demandé se trouve être le double du chiffre de rentes offert. Qui pourra imaginer que le prix de la rente doive doubler et s’élever à 200 francs ! Et cependant c’est bien le phénomène qui devrait se produire si la formule de tout à l’heure était exacte. Or, en réalité, le cours de la rente ne s’élèvera peut-être pas même de 1 franc. Et cela, par la raison toute simple que le plus grand nombre de personnes qui se portaient acheteurs à 100 francs se retirent dès que le prix s’élève. Il est clair que si le chiffre de rentes demandé diminue au fur et à mesure que le prix monte, en même temps et pour la même raison, le chiffre de rentes offert augmente. Il arrivera donc nécessairement un moment où la demande qui décroît et l’offre qui croît seront égales, et à ce moment l’équilibre se rétablira. Mais une hausse de quelques centimes est d’ordinaire suffisante pour amener ce résultat. Et il en est plus ou moins de même pour toutes les marchandises partout l’offre tend à s’équilibrer avec la demande par le moyen de la hausse ou la baisse du prix. Voy. dans le Traité d’économie politique de M. Walras, une savante analyse de cet équilibre du marché.