Page:Gide - Un esprit non prévenu, 1929.djvu/22

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La Bruyère, voici celle, hélas ! que les gens de lettres ont le mieux comprise, et les gens de métier se font, de nos jours, si nombreux, qu’on en vient parfois à aimer un livre parce qu’il manque précisément de ce métier qu’eux discréditent.

Aujourd’hui l’on n’ose guère plus dire que l’on est bon ; que l’on est constant, fidèle, équitable, reconnaissant ; cela prête à sourire ; et celui qui trop affirme qu’il est sincère fait douter de sa sincérité. Mais on sous-entend tout cela, et l’on se fâche, si cela est mis en doute. La Bruyère écrit : « L’on n’ose dire que l’on a la peau douce, les dents belles, etc… »