Page:Gide - Un esprit non prévenu, 1929.djvu/65

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dans toute l’œuvre de Hugo un plus extraordinaire emploi des e muets que dans le troisième vers de l’avant-dernière strophe :

Comme le souvenir est voisin du remords !
Comme à pleurer tout nous ramène !
Et que je te sens froide en te touchant, ô Mort…

Ces trois e muets successifs « Et que je te », après les deux admirables vers qui les précèdent, revêtent d’un mystère funèbre ce mot « froide » qui les suit ; c’est vraiment, ces trois pas muets, une avancée vers la tombe[1].

Et dans les premières strophes de ce même poème, l’un de ceux de Hugo que je me remémore le plus

  1. Le même effet incantatoire se retrouve dans le vers de Baudelaire :

    À quiconque a perdu ce qui ne se retrouve
    Jamais, jamais.