Page:Gilbert - Le Dix-huitième Siècle, 1775.djvu/19

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Vont dans un juſte oubli retomber déſormais,
Comme de vains Auteurs qui ne penſent jamais.
Quelques vengeurs pourtant, armés d’un noble zele,
Ont de ces morts fameux épouſé la querelle :
Delà, ſur l’Hélicon, deux Partis oppoſés
Règnent, & l’un par l’autre à l’envi dépriſés,
Tour-à-tour s’adreſſant des volumes d’injures,
Pour le trône des Arts, combattent par brochures :
Mais plus forts par le nombre & vantés en tous lieux,
Les corrupteurs du goût en paroiſſent les Dieux :
Auſſi dans ſon Journal La Harpe les protège.
Eux ſeuls peuvent prétendre au rare privilège
D’aller au Louvre, en corps, commenter l’Alphabet ;
Grammairiens jurés, immortels par brevet :
Honneurs, richeſſe, emplois, ils ont tout en partage,
Hors la ſaine raiſon que leur bonheur outrage ;
Et le Public eſclave obéit à leurs loix :
Mille Cercles ſavans s’aſſemblent à leur voix :
C’eſt dans ces tribunaux galans & domeſtiques
Que parmi vingt Beautés, Bourgeoiſes empyriques,
Diſtribuant la gloire & péſant les écrits,
Ces fiers Inquiſiteurs jugent les beaux Eſprits.
Ô malheureux l’Auteur dont la plume élégante
Se montre encor du goût ſage & fidelle amante ;
Qui rempli d’une noble & conſtante fierté,
Dédaigne un nom fameux, par l’intrigue acheté,