Page:Gilbert - Le Dix-huitième Siècle, 1775.djvu/21

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Du titre de Génie a ſoin de l’honorer
Par Lettres, qu’au Mercure il fait enrégiſtrer.
Ainſi, de nos tyrans la Ligue protectrice
D’une gloire précoce enfle un rimeur novice :
L’Auteur le plus fécond, ſans leur appui vanté,
Travaille dans l’oubli pour la poſtérité ;
Mais par eux, ſans rien faire, un fat nous en impoſe ;
Turpin n’eſt que Turpin ; Arnaud eſt quelque choſe.
Ô combien d’Écrivains, Philoſophes titrés,
Sur le Pinde Français parvenus illuſtrés,
Ont, par cet art puiſſant, uſurpé nos hommages !
L’encens de tout un peuple enfume leurs images :
Eux-même avec candeur ſe diſant immortels,
De leurs mains tour à tour ſe dreſſent des autels :
Sous peine d’être un ſot, nul plaiſant téméraire
Ne rit de nos amis & ſur-tout de Voltaire.
On auroit beau montrer tous ſes vers faits ſans art,
D’une moitié de rime habillés au hazard,
Seuls, & jettés par ligne exactement pareille,
De leur chûte uniforme importunant l’oreille,
Ou, bouffis de grands mots qui ſe choquent entr’eux,
L’un ſur l’autre appuyés, ſe traînant deux à deux ;
Et ſa proſe frivole, en pointes aiguiſée,
Pour braver l’harmonie, inceſſamment briſée :
Parfaite on croit ſa proſe, & parfaits ſes accords ;
Lui ſeul a de l’eſprit, comme quarante en corps :