Page:Gillet - Histoire artistique des ordres mendiants.djvu/261

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un clocher, une église : Sainte-Croix-des-Pelletiers, Saint-Étienne-des-Tonneliers. Plus haut, avec leurs grappes de cloches frémissantes, jaillissaient les flèches paroissiales. Enfin, tournoyant sur le confus et vaste labyrinthe, emportant vers les nuages, comme dans sa mâture un navire de haut bord, autant de monde qu’il s’en agitait à ses pieds, et secouant d’heure en heure le cercle de ses ondes sonores, s’élevait avec ses tours immenses et ses nefs prodigieuses la grande pensée de la ville, la magnifique Notre-Dame.

Et c’était tout le temps, pour une cause ou pour une autre, une occasion nouvelle de sorties et de démonstrations. Presque chaque jour, dans les rues passait quelque cortège. Tantôt c’est un enterrement, tantôt un mariage ; ou bien une confrérie, croix et bannière en tête, se rendait à l’église pour chômer son patron. Tantôt, une compagnie d’archers s’en allait sur le pré abattre le papegai. Chaque dimanche, au petit jour, les membres d’une société de prières se donnent rendez-vous sur les tombes du cimetière Saint-Vivien pour vaquer aux travaux de la méditation. À l’Ascension, c’était la procession de la « fierte » : les confrères de saint Romain menaient à la Vieille-Tour un condamné à mort, et là, au nom du vieil évêque, le délivraient et lui donnaient à souper et un chapeau neuf[1]. Un jour, c’était un pèlerin qui entreprenait le voyage de Saint-Jacques ou de Saint-Gilles, de Saint-Pierre ou de Jérusalem : la confrérie l’accompagnait jusqu’aux murs de la ville, le chapelain lui remettait la gourde et le bourdon, le trésorier une petite bourse, produit d’une collecte faite parmi les frères : — et à la grâce de Dieu ! Un autre convoi avait un caractère tragique. Lorsqu’un frère devenait lépreux, toute

  1. Floquet, Histoire du privilège de saint Romain. Cf. Hélyot, t. VIII, p. 263-265.