Page:Gillet - Histoire artistique des ordres mendiants.djvu/262

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la communauté le conduisait à l’église une dernière fois ; on le plaçait sous un drap noir et on disait pour lui une messe des morts. Le prêtre donnait l’absoute, et l’on portait hors de la ville à la prochaine maladrerie le malheureux retranché du nombre des vivants[1].

Ces coutumes jadis ont été celles de toute l’Europe. Pas un hameau, pas un village sur tout le territoire chrétien, qui ne groupât sous son clocher son petit troupeau de confréries. Ce qu’elles étaient pour la vie, ce qu’elles y apportaient de consolation, de douceur, de pittoresque ou de poésie, qui le dira ? L’existence des plus humbles s’en trouvait glorifiée : quand le dernier de la société marchait à son rang derrière le gonfalon de sa confrérie, son cœur se dilatait : il se sentait à sa place dans un ordre approuvé du Ciel. Méprisable comme individu, l’homme en corps prend conscience d’une valeur nouvelle ; les confréries, pour la roture, étaient une noblesse : elles avaient leurs couleurs, leur écu, leur blason.

Ce sentiment nous a valu un nombre surprenant d’œuvres d’art. Si l’on faisait le compte de celles qui nous sont parvenues de cette époque, on serait étonné de ce que nous devons aux confréries. Elles ont été au xve siècle, et bien longtemps après, le principal foyer de la vie artistique. À Venise, la confection des bannières occupait une branche spéciale de la peinture. Toute une école locale, celle des Bastiani, des Diana, du charmant Carpaccio, — l’école à qui l’on doit la Vie de Sainte-Ursule et les exquises peintures de l’oratoire des Esclavons, — n’a eu d’autre clientèle que celle des confréries[2]. Partout, nous les voyons rivaliser entre elles ; c’est à

  1. Ouin-Lacroix, Histoire des anciennes corporations et des confréries religieuses de la capitale de la Normandie, Rouen, 1850.
  2. Ludwig et Molmenti, Carpaccio, trad. franç. p. 9 et suiv.