Page:Gillet - Histoire artistique des ordres mendiants.djvu/385

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dire. Ce mot, comme naguère le terme de « gothique », semble en soi une espèce d’injure. Pour les champions de notre école nationale, le « style jésuite » est une école de corruption, et tout ce qui s’y rapporte devrait être anéanti. On me pardonnera d’être moins absolu. L’Italie a peut-être le droit d’avoir son architecture nationale ; et, inférieure ou non, celle du Gesù est bien à elle[1].

J’ajoute que le type en est une donnée franciscaine. Rappelez-vous comment le système français, à peine transporté à Assise, s’acclimata, se simplifia, se transforma enfin en quelque chose d’étranger, qui ne conservait du gothique que les apparences superficielles et que les éléments extérieurs du décor. Cette métamorphose est plus visible encore dans les églises toscanes : à San Domenico ou à San Francesco de Sienne, toute colonne est supprimée, la toiture est une simple charpente, le chœur s’efface, et le plan de l’édifice prend la forme d’un T, dont la barre supérieure offre un rang de chapelles qui s’adossent à la paroi rectiligne du fond.

Prenez ce plan, le plus simple et le plus nu de tous ; rabattez le long de la nef, avec leurs chapelles symétriques, les deux ailes de la croix, comme vous ramèneriez les bras le long du corps, et vous avez le plan de l’église du Gesù[2]. Une seule nef, sans transept, avec des chapelles latérales réduites à l’état de niches, de simples encadrements appliqués le long des murs, sans aucun accident, sans support intérieur, et conduisant la vue, d’un seul coup, d’un seul jet, jusqu’au maître-autel qui domine là-bas, dans un isolement pittoresque : je ne

  1. C. Ricci, L’architecture baroque en Italie, 1912 ; Schmarzow, Barock und Rokoko, Leipzig, 1897 ; K. Escher, Barock und Klazissismus, Leipzig, 1910.
  2. Cf. Thode, Saint François et les origines de la Renaissance en Italie, trad. franc., t. II, p. 38 et 82. — Burckhardt, loc. cit., p. 279 : « Le but du style baroque est de créer d’une seule pièce les plus grands espaces possibles. »