Page:Giraudoux - Électre.djvu/155

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jamais retombé que sur ceux qui le provoquent. À quoi te sert d’éclabousser toutes les femmes en m’éclaboussant ! Tu souilleras pour les yeux d’Oreste tout ce par quoi tu me ressembles.

ÉLECTRE. – Je ne te ressemble en rien. Depuis longtemps, je ne regarde plus mon miroir que pour m’assurer de cette chance. Tous les marbres polis, tous les bassins d’eau du palais me l’ont déjà crié, ton visage me le crie : le nez d’Électre n’a rien du nez de Clytemnestre. Mon front est à moi. Ma bouche est à moi. Et je n’ai pas d’amant.

CLYTEMNESTRE. – Écoute-moi ! Je n’ai pas d’amant. J’aime.

ÉLECTRE. – N’essaie pas de cette ruse. Tu jettes dans mes pieds l’amour comme les voituriers poursuivis par les loups leur jettent un chien. Le chien n’est pas ma nourriture.

CLYTEMNESTRE. – Nous sommes femmes, Électre, nous avons le droit d’aimer.