Page:Giraudoux - Électre.djvu/159

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mais dix ans j’ai attendu mon père. Le seul bonheur que j’ai connu en ce monde est l’attente.

CLYTEMNESTRE. – C’est un bonheur pour vierges. C’est un bonheur solitaire.

ÉLECTRE. – Crois-tu ? À part toi, à part les hommes, il n’était rien dans le palais qui n’attendît mon père avec moi, qui ne fût complice ou partie dans mon attente. Cela commençait le matin, mère, à ma première promenade sous ces tilleuls qui te haïssent, qui attendaient mon père d’une attente qu’ils essayaient vainement de comprimer en eux, vexés de vivre par années et non comme il l’aurait fallu, par décades, honteux de l’avoir trahi à chaque printemps quand ils ne pouvaient plus contenir leurs fleurs et leurs parfums, et qu’ils défaillaient avec moi sur son absence. Cela continuait à midi, quand j’allais au torrent, le plus fortuné de nous tous, qui lui pouvait bouger, qui attendait mon père en courant