Page:Giraudoux - Électre.djvu/183

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d’une source de glace. Ni l’Afrique ! Rien de l’Afrique n’est à moi. Les négresses peuvent piler le millet au seuil des cases, le jaguar enfoncer ses griffes dans le flanc du crocodile, pas un grain de leur bouillie, pas une goutte de leur sang n’est à moi. Et je suis aussi heureux des dons qu’on ne m’a pas faits que du don d’Argos. Dans un accès de largesse, Dieu ne m’a donné ni Athènes, ni Olympie, ni Mycènes. Quelle joie ! On m’a donné la place aux bestiaux d’Argos et non les trésors de Corinthe, le nez court des filles d’Argos et non le nez de leur Pallas, le pruneau ridé d’Argos et non la figue d’or de Thèbes ! Voilà ce qu’on m’a donné ce matin, à moi le jouisseur, le parasite, le fourbe : un pays où je me sens pur, fort, parfait, une patrie ; et cette patrie dont j’étais prêt à fournir désormais l’esclave, dont tout à coup me voilà roi, je jure de vivre, de mourir, – entends-tu, juge, – mais de la sauver.

LE PRÉSIDENT. –