Page:Giraudoux - Électre.djvu/197

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foule, mère. Je me suis précipitée vers lui. Le cortège était pris de panique. On croyait à un attentat. Mais lui m’a devinée, il m’a souri. Il a compris que c’était l’attentat d’Électre. Père courageux, il s’est offert tout entier ! Et je l’ai touché.

CLYTEMNESTRE. – Tu as touché ses jambières, son cheval ! Du cuir et du poil !

ÉLECTRE. – Il est descendu, mère. Je l’ai touché aux mains avec ces doigts, je l’ai touché aux lèvres avec ces lèvres. J’ai touché une peau que toi tu n’as pas touchée, épurée de toi par dix ans d’absence.

ÉGISTHE. – Il suffit ! Elle te croit !

ÉLECTRE. – De ma joue contre sa joue, j’ai appris la chaleur de mon père. Parfois, l’été, le monde entier a juste la tiédeur de mon père. J’en défaille. Et je l’ai étreint de ces bras. Je croyais prendre la mesure de mon amour, c’était aussi celle de ma vengeance. Puis il s’est dégagé ;