Page:Giraudoux - Électre.djvu/201

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On m’avait donné la plante d’eau qui résiste contre le courant, qui lutte, qui succombe, et le jeune homme malade qui tousse, qui sourit et qui tousse, et les joues de ma servante, quand elles se gonflent tous les matins d’hiver pour aviver la cendre de mon feu, au moment où elles s’empourprent. Et j’ai cru moi aussi que l’on me donnait Argos, tout ce qui dans Argos était modeste, tendre, et beau, et misérable ; mais tout à l’heure, j’ai su que non. J’ai su que l’on m’a donné toutes les pommettes des servantes, qu’elles soufflent sur le bois ou le charbon, et tous les yeux des laveuses, qu’ils soient ronds ou en amandes, et tous les oiseaux volant, et tous les maçons tombant, et toutes les plantes d’eau qui s’abandonnent et se reprennent dans les ruisseaux ou dans les mers. Argos n’était qu’un point dans cet univers, une patrie une bourgade dans cette patrie. Tous les rayons et tous les éclats dans les visages mélancoliques, toutes les rides