Page:Giraudoux - Électre.djvu/202

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et les ombres dans les visages joyeux, tous les désirs et les désespoirs dans les visages indifférents, c’est cela mon nouveau pays. Et c’est ce matin, à l’aube, quand on vous donnait Argos et ses frontières étroites, que je l’ai vue aussi immense et que j’ai entendu son nom, un nom qui ne se prononce pas, mais qui est à la fois la tendresse et la justice.

CLYTEMNESTRE. – Voilà la devise d’Électre : la tendresse ! Cela suffit ! Partons !

ÉGISTHE. – Et cette justice qui te fait brûler ta ville, condamner ta race, tu oses dire qu’elle est la justice des dieux ?

ÉLECTRE. – Je m’en garde. Dans ce pays qui est le mien on ne s’en remet pas aux dieux du soin de la justice. Les dieux ne sont que des artistes. Une belle lueur sur un incendie, un beau gazon sur un champ de bataille, voilà pour eux la justice. Un splendide repentir sur un crime, voilà le verdict que les dieux avaient