Page:Giraudoux - Électre.djvu/204

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C’est ce qu’il y a de si beau, quand vous pensez aux vrais peuples du monde, ces énormes prunelles de vérité.

ÉGISTHE. – Il est des vérités qui peuvent tuer un peuple, Électre.

ÉLECTRE. – Il est des regards de peuple mort qui pour toujours étincellent. Plût au Ciel que ce fût le sort d’Argos ! Mais, depuis la mort de mon père, depuis que le bonheur de notre ville est fondé sur l’injustice et le forfait, depuis que chacun, par lâcheté, s’y est fait le complice du meurtre et du mensonge, elle peut chanter, danser et vaincre, le ciel peut éclater sur elle, c’est une cave où les yeux sont inutiles. Les enfants qui naissent sucent le sein en aveugles.

ÉGISTHE. – Un scandale ne peut que l’achever.

ÉLECTRE. – C’est possible. Mais je ne veux plus voir ce regard terne et veule dans son œil.

ÉGISTHE. – Cela va coûter des milliers