Page:Giraudoux - Électre.djvu/76

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ÉGISTHE. – Parfait. Laisse ta figue tiédir, et prends ta femme.

CLYTEMNESTRE. – Ose parler de ce jardin ! Tout y est sec, je l’ai vu de la route : un crâne pelé. Tu n’auras pas Électre.

LE JARDINIER. – Tout y est sec ! D’une source que la canicule ne tarit point, s’écoule entre les buis et les platanes le ruisseau dont j’ai dérivé deux rigoles, l’une sur la prairie, l’autre taillée en plein roc. Vous en trouverez des crânes semblables ! Et des épandages pareils ! En ce début de printemps tout n’est que jacinthe et narcisse. Je n’ai jamais vu sourire Électre, mais c’est dans mon jardin que j’ai reconnu sur son visage ce qui ressemble le plus à un sourire.

CLYTEMNESTRE. – Regarde si elle sourit en ce moment.

LE JARDINIER. – Moi j’appelle cela le sourire d’Électre.

CLYTEMNESTRE. – Le sourire à ta main sale, à tes ongles noirs…