Page:Giraudoux - Adorable Clio.djvu/32

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neuf couronnes. Or… la fenêtre, aujourd’hui, donnait sur le Jardin public, sur les faubourgs et les prairies de l’Indre, comme autrefois celle de mon dortoir, et de Châteauroux, depuis dix-huit ans inconnu, je reconnaissais chaque bruit : ce glissement que je croyais de la rivière lointaine et qui était d’un petit canal tout proche ; cet ébranlement, le même, quand passait le train, car mon corps était de nouveau parallèle à la ligne Paris-Montauban ; ces battoirs là-bas qui battaient autour de ce que je croyais un étang et qui était, je le comprenais ce soir, mon cœur même ; mes amis qui maintenant peuplaient la ville faisaient juste, juste le même bruit que leurs pères ; les mêmes écoles de clairons, qui s’exerçaient dans le silence du crépuscule, pour entendre l’écho de leurs fautes ; ce froissement dont je n’ai jamais trouvé la cause, comme une lutte de grandes herbes, même l’hiver ; cette voix d’enfant, du même enfant ; et cette auto, et pourtant alors il n’était pas d’autos ; et ce