Page:Giraudoux - Amica America, 1918.djvu/126

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Europe, les chaussettes, les chapeaux, les chemises ; et, la nuit, ils parvenaient à graver sur le bastingage, les patrouilles jamais n’en purent saisir un seul, des dessins de cornues, de tubes contournés et renversés, qui étaient leurs noms debouts, à part l’inscription sur la cabine du capitaine, qui était la légende d’Adam… Puis, de ma chaise, je voyais des vagues doucement se déplier, une jaune et rouge, une verte et jaune, et me rendre le secret donné à l’aller par le bateau espagnol, le bateau brésilien. Le commissaire du bord me terminait l’histoire qu’ils avait commencée à Leslie, et toutes choses, et le lever du soleil lui-même, et le phare de Royan, et Bordeaux avec ses flèches, et depuis tous les petits bourgs de France me disent la fin ou la morale de je ne sais quel mystère dont j’ignorerai toujours le début.

Puis j’ai traversé la Guyenne, l’Angoumois. De Bordeaux à Paris on aperçoit tous les vingt miles, découpée sur l’horizon, ou décalquée, quand il pleut, aux endroits les plus solitaires, une image américaine ; inactifs comme les marins sur un radeau, des forestiers glabres, assis sur une clairière ; des nègres usant les uniformes de la Sécession et construisant les hangars avec mille précautions car ils ne sont pas encore assurés sur la vie. Je connus Montrichard, dans la Touraine, patrie des cuisiniers, et, venus en permission saluer mon aubergiste il y en avait trois, celui du tsar, celui de l’empereur de Siam, et le chef de l’Hôtel des Voyageurs à Auxerre, que tous respectaient. Je connus cette ville, garde-meubles aussi d’églises et de châteaux, où attendent leur