Page:Giraudoux - Armistice à Bordeaux.djvu/18

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JEAN GIRAUDOUX

moins ainsi les petits accidents : ici un arrêt, ma patrie, c’est le passage clouté. Elle attend, si sage… Ici un grand pas… : c’est la Gironde : elle enjambe, elle se laisse emmener là où on ne l’emmenait amais. À la pharmacie, prendre de l’aspirine… à la poste jeter les messages les plus urgents qu’on ait jamais jetés, pour celui, pour celle qu’on reconnaît siens dans cette seconde fulgurante, messages d’ailleurs qui n’arriveront jamais, ou quand la lueur sera éteinte… Ici, on peut s’asseoir, ma patrie : c’est la boutique où se vendent les manteaux de pluie. Pourquoi ce sursaut ? Ces messieurs en jaquette qui t’accueillent en riant, ces jeunes filles joyeuses, ces premiers communiants rayonnants, ce joueur de tennis délirant de joie, ne t’en inquiète pas… Ce

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