Page:Giraudoux - La Première Disparition de Jérôme Bardini.djvu/93

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


touffes de pins parsemés dans le parc, grâce à ce cercle qu’ils avaient pris depuis la mort de Bella, avaient atteint la perfection. On sentait à chaque élément sa densité suprême. Le fer de la chaîne était pesant, la terre opaque, l’air lumineux. Aucun bruit du monde qui parvînt là autrement que par l’écho. Mais on sentait aussi que, dans ces enfers, Bella était seule. La communauté éternelle avec les morts inconnus, la promiscuité éternelle avec les morts célèbres lui était épargnée. Longtemps Bardini resta là, arrêté dans son élan, les yeux fixés sur ce marbre, respirant à peine, comme on observe un spectacle fugitif ou un animal sauvage. Il espionnait ce calme infini en liberté, cette nuit qui, en prenant Bella, avait enfin repris sa virginité de nuit. Le marbre était imperceptiblement incliné, on devinait un coussin sous la tête de Bella. Avec son lourd