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RETOUR D’ALSACE

en réserve. La vingtième, la nôtre, en est. Je reviens le lui annoncer. Mais Frobart veut des explications.

— Quelle bataille est-ce que nous livrons ? répète-t-il.

— La bataille de Flaxlanden.

Il trouve le nom de sa bataille peu facile à prononcer ; il tient à savoir exactement si c’est un combat ou une vraie bataille, si l’on se bat dans le village même, ou aux alentours, s’il y a une poste, à Flaxlanden. Je peux le renseigner sur un point : c’est sûrement une bataille. On voit surgir des interstices des convois, suivis du lieutenant en gris vert que l’armée française a pris tout le mois d’août pour un chasseur à pied — et qui était le payeur de la division — les colonels à brassards qui sortent des châteaux le jour culminant des manœuvres. Les camions de l’intendance regagnent sans dignité l’arrière. Un tringlot appelle son chien qui veut rester avec nous et auquel il tente vainement d’expliquer la bêtise de son choix. Dans la compagnie aussi, grand tumulte. Cohue de figurants quand le rideau se lève une minute trop tôt. Nous nous apercevons soudain que nous ignorons tous notre place de combat. Toutes les théories sortent du sac des fourriers, des sergents-majors. Pas de compagnie à laquelle les tambours