Page:Giraudoux - Simon le pathétique.djvu/237

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fort, yeux, du même regard, lèvres inégales. Étreinte qu’elle m’avait gardée, que j’aurais pu réclamer dans cinq ans, dans dix ans, et elle respirait pour ne pas me laisser étreindre qu’une ombre, et elle se taisait, elle sacrifiait, elle, tous ses gestes, pour que tout ne fût, au moment même, qu’un souvenir. Mais bientôt je fus moins loyal. Je respirai sur elle un parfum qui était nouveau, je caressai un cerne que le soleil des vacances, et non le mien, avait donné ; je pressai une gorge plus nue, je la trompai, — et ses yeux ouverts soudain sur le miroir, au lieu du reflet indistinct qu’ils attendaient, virent un couple enlacé, des cheveux défaits, deux visages ardents, un homme et une jeune femme. Elle se, dégagea, elle me repoussa, cruellement si le hasard n’avait adouci son geste, si un fil de soie accroché à un de mes boutons ne l’eût retenue prisonnière, et elle accepta un second départ, plus lent, plus doux, qui l’obligea à tourner et à rire autour de moi. Puis, le fil plus solide que notre vie étant enfin rompu, l’ombre devenue femme se moqua de nous deux.

— Vous êtes en jaquette, Simon !

— Visite officielle.

— Officielle ?