Page:Glatigny - Vers les saules, 1870.djvu/18

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Blondine.

Écoutez ! à me voir on dirait, je le sais,
Une cervelle en l’air. Pourtant j’ai des accès
De bonté qui parfois traversent ma folie.
Je connais les sentiers de la mélancolie.
Vous souffrez, je l’ai vu ; car, par les jours d’été,
Celui qui s’en va seul est un être attristé.
Lorsqu’on entend frémir les airs de la guinguette,
Que le plaisir à deux vous appelle et vous guette,
Et qu’il fait du soleil, il faut souffrir, vraiment,
Pour se complaire ainsi dans son isolement !
Or, moi qui ris toujours, je n’aime pas qu’on pleure.
Je vous suivais depuis quelque temps. Tout à l’heure,
Quand vous avez jeté ce cri désespéré,
Je riais, et mon cœur s’est tout à coup serré.
Cela m’a fait du mal. Et puis je suis venue
Tendre à votre douleur une main, inconnue
Il est vrai, mais qui peut rendre vos maux moins lourds.
Allez-vous repousser ma patte de velours ?


Henri.

Cette petite main, je l’aime et je la baise,
Mais elle ne peut rien pour moi. Je suis obèse,
Triste, cassé. Mon âge est absurde.


Blondine.

Triste, cassé. Mon âge est absurde. Ah ! vieillard !
Votre hâtif hiver est formé de brouillard ;