Page:Glatigny - Vers les saules, 1870.djvu/31

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Nous nous entretenions comme de gais amants.
Je t’aimais, tu m’aimais. Oh ! quels enivrements !


Henriette.

Comme vous passiez vite, adorables soirées !


Henri.

C’était l’hiver, la nuit abrégeait les vesprées.


Henriette.

Et comme nous courions, parlant à demi-voix,
Dans la neige, ignorant si les vents étaient froids !


Henri.

Je t’aimais en ce temps où les portes sont closes,
Où l’on s’embrasse, où l’on dit mille folles choses
Près de l’âtre où souvent le feu ne flambait plus.
Mais nous n’en savions rien tous les deux ! Tu me plus
Dans la morne saison où le grand ciel s’ennuie
D’être toujours rayé par la bise et la pluie.
Ô folle ! tu jouais avec mes vieux bouquins.
Lorsque je regardais tes petits brodequins
Revenir au logis, crottés et tout humides,
Je disais : Espérons ! quand les bourgeons timides
Annonceront avril et les prés refleuris,
On pourra s’envoler pour un jour de Paris.