Page:Godwin - Les Aventures de Caleb Williams, I (trad. Garnier).djvu/174

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adoucir quelquefois les agitations auxquelles son humeur sombre le rendait si sujet. Au total, on pouvait la regarder comme une espèce de favorite. C’était à sa médiation qu’avaient coutume de recourir les domestiques et tenanciers qui avaient encouru le déplaisir de leur maître ; elle était le compagnon privilégié qui pouvait impunément approcher ce lion farouche au milieu de ses rugissemens. Elle lui parlait sans crainte, et comme ses prières partaient toujours d’un bon cœur, et d’une ame désintéressée ; même en la refusant, le tyran adoucissait encore la sévérité de ses traits, et se contentait de sourire de sa présomption.

Telle avait été pendant quelques années la situation de miss Melville. La gaieté de son humeur, et la clémence extraordinaire avec laquelle elle était traitée par son farouche protecteur, l’étourdissaient sur la nature précaire de son sort. Mais depuis l’établissement